La construction bois gagne des parts de marché

Le bois est-il enfin en passe de prendre son envol dans le secteur de la construction ? Réponses avec les résultats de l’observatoire national de la construction bois 2019.

Ce n’est toujours pas le grand décollage annoncé depuis des années, mais la construction bois semble tout de même gagner des parts de marché en 2018. C’est ce qui ressort du dernier observatoire sur le sujet, réalisé par le Codifab, France bois forêt et la cellule économique de Bretagne, publié ce 26 juin 2019 (1). Il en ressort en effet qu’en 2018, le bois utilisé comme système constructif représente 4,3% de part de marché en logements collectifs, contre 4% en 2016. Un hausse modeste, mais qui prend davantage de relief si l’on tient compte du nombre de bâtiments concernés : 10.700 contre 8.960 en 2016 (soit une hausse de 19%). Pour ce qui est de la maison individuelle, on passe de 12.435 (individuel et diffus) en 2016 (8,7% de part de marché) à 14.955 en 2018 (9,4% de part de marché). En matière d’extension-surélévation, on passe de 9.930 opérations (27,8% de part de marché) à 10.840 (27,5%).

Quant au non-résidentiel, il représente en 2018 3,4 millions de m², avec une part de marché de 16,3% (en légère baisse par rapport à 2016).

Globalement, le chiffre d’affaires réalisé en construction bois s’élève en 2018 à 1,9 milliard d’euros, en hausse de 13% par rapport à 2016.

Le marché se développe fortement

La hausse est donc très mesurée, et pose question eu égard au fait que le bois jouisse, dans les discours de certains décideurs comme le ministre Julien Denormandie ou la maire de Paris Anne Hidalgo, d’une excellente réputation. Les acteurs de la filière ressentent toutefois une dynamique forte qui pourrait se traduire dans la prochaine livraison de l’étude, dans deux ans. « Le marché se développe fortement, tire les entreprises de la filière vers le haut », nous explique Christian Piquet, dirigeant de la société CPL bois. « Ils sont en mesure d’investir. » Les société de première et deuxième transformations du bois (notamment les scieurs) ont ainsi de plus en plus de moyens. Et aujourd’hui, alors même que le marché tend à s’essouffler, « le bois continue de progresser », nous assure-t-on.

L’avenir du bois comme matériau structurel devrait être porté par plusieurs projets emblématiques, à commencer par la construction des infrastructures des JO 2024« Tous les bâtiments jusqu’à R+8 seront à 100% en bois, et mixeront les matériaux au-dessus », nous explique un porte-parole de la filière. « Le choix définitif sur les équipes qui vont faire les constructions sera effectué en septembre prochain. Les permis de construire seront déposés début 2020, et les immeubles doivent être livrés en 2023. »

La filière bois prépare son offre pour Notre-Dame

L’autre point qui pourrait focaliser l’attention sur le bois est bien évidemment la reconstruction de la charpente de Notre-Dame. L’hypothèse qu’elle soit réédifiée en bois est sur la table, et la filière s’organise pour apporter une réponse des plus séduisantes. « Nous sommes ne train de géolocaliser sur le territoire français les chênes nécessaires à la reconstruction de la charpente, de manière à ce que toutes les régions françaises soient représentées dans cet effort national », nous explique-t-on. Le bois sera, le cas échéant, « offert par la filière ». Les chênes visés sont ceux d’un diamètre de 40-60 centimètres à la base, et 20 à 35 cm au sommet. « Il en faut environ un millier, ce qui représente quelque chose comme 1% des capacités de production françaises. »

Pour les professionnels du secteur, la reconstruction de la charpente de la cathédrale ne représente en aucun cas un défi technique significatif. « La pose représente quelques semaines de travail », nous explique-t-on. « Au plus, six mois. Mais nous n’en sommes pas là pour l’instant, les murs ont beaucoup souffert et la priorité est de les renforcer avant de penser au toit. »

L’ossature bois reste le système constructif le plus utilisé

En termes de marché à venir, l’observatoire opère également un focus sur l’isolation thermique par l’extérieur (ITE), en fort développement : +39% de chiffre d’affaires en 2018 par rapport à 2016, à 258 millions d’euros. Toutefois, les professionnels du bois reconnaissent que les produits d’isolation bois ne rencontrent pas forcément le succès escomptés du fait de leurs performances, limitées par rapport à la concurrence (notamment venant du polystyrène ou du polyuréthane).

Enfin, une partie du travail de la filière est consacrée aux systèmes constructifs les plus souvent utilisés. L’ossature bois arrive largement en tête du classement (84% en maison, 83% en collectif et 75% en tertiaire). La méthode poteaux-poutres concerne 8% des maisons et les panneaux massifs contrecollés ou contrecloués (incluant le CLT), 5%. Ces mêmes panneaux massifs sont utilisés sur 10% des bâtiments collectifs construits en bois (4% en 2016).

Les entreprises de la construction bois en chiffres
2.080 entreprises sont actives sur ce front, d’après l’observatoire national de la construction bois.
Elles emploient 27.445 salariés.
60% ont moins de 10 salariés, 22% entre 10 et 19 et 18% plus de vingt salariés.
La ventilation régionale peut se lire dans le schéma ci-dessous :
L’activité construction bois par région, 2019 © Observatoire de la construction bois 2019

La part de bois français utilisée dans leurs opérations est évaluée à 50 à 60% par la filière. Elle devrait augmenter à mesure que l’appareil productif se développe et que les maîtres d’ouvrage incluent dans leur cahier des charges l’emploi de bois local.

Article de batiactu du 26/06/2019