La pyrale du buis en forêt d’Auvergne-Rhône-Alpes

Après 2 années de présence marquante dans la région, l’invasion des forêts par la pyrale du buis fait partie du paysage sylvosanitaire régional. Au moment où l’activité des chenilles reprend, il est important de faire un point sur la situation. L’impact sur les buxaies est marquant. Les suivis réalisés sur les auxiliaires commencent à porter leurs fruits. Les buxaies auront toutefois été profondément modifiées par cette agression fulgurante.

Retour sur les années d’invasion

Sur la région Auvergne-Rhône-Alpes, la pyrale du buis a été détectée en 2011 dans les parcs et jardins. Ce n’est qu’à partir de 2015 que les premiers dommages concernant le milieu naturel ont été enregistrés dans l’Isère. Le cycle de la pyrale du buis est particulièrement dynamique, les femelles peuvent pondre jusqu’à 1200 œufs, et trois générations peuvent s’enchaîner sur l’année.

 

 

En 2016, les forêts ont subi une véritable invasion. Les défoliations totales et continues des buxaies ont concerné les départements de l’Ain, la Savoie, l’Isère, la Drôme et l’Ardèche. Au travers de ces départements, ce sont plusieurs milliers d’hectares qui ont été atteints jusqu’à des altitudes d’environ 600 mètres.

En 2017, dans les zones totalement défoliées l’année précédente, les chenilles étaient présentes en sortie d’hiver mais elles n’ont pu s’alimenter et boucler leur cycle. Les secteurs peu touchés de l’Ain, et les secteurs d’altitude de la Savoie et de l’Isère ont subi de nouvelles attaques. Les dommages ont progressé en altitude et on a pu noter des dommages jusqu’à 1000 mètres. C’est dans la Drôme et en Ardèche que ces dommages ont été les plus forts. Néanmoins, on a pu constater un ralentissement du cycle, puisque seulement deux générations ont été enregistrées. La sécheresse marquante sur ces territoires est, sans doute, en liaison étroite avec cette adaptation du cycle.

Les buxaies malmenées

Les attaques de la pyrale conduisent à la défoliation totale des buis sur de vastes surfaces. L’impact concerne non seulement le feuillage mais aussi la ramification fine, les branches et tiges de buis que la pyrale écorce également.

Après ces atteintes, les pyrales disparaissent dans un premier temps. Les buis restent vivants et réagissent plus ou moins violemment. La dynamique de réaction est plus forte dans la seconde année de réaction. Pour les buxaies atteintes en 2015, les buis restent vivants mais la réaction des buis par les rejets et les gourmands émis est relativement faible. La masse foliaire produite est faible et les consommations par les populations de pyrales finissent par apparaître. Un réseau de placettes de suivi des buxaies a été mis en place afin d’avoir une vision quant à la réactivité des buis (voir encart).

Evaluation des risques en 2018

La pyrale du buis passe l’hiver au stade larvaire, et malgré des périodes de froid intense, les chenilles ont repris leur activité depuis le milieu du mois de mars.

Sur les zones totalement défoliées en 2017, les chenilles sont peu présentes. Celles qui subsistent n’ont pas de ressource alimentaire pour boucler leur cycle. Il faut donc s’attendre, dans un premier temps, à un effondrement des populations.

Sur les secteurs au contact des zones défoliées en 2017, les chenilles sont présentes et en phase de croissance active. C’est sur la Drôme et l’Ardèche où il subsiste encore de vastes surfaces non affectées qu’il faut donc s’attendre, une nouvelle fois, à un déplacement de l’épidémie.

Les populations de pyrales devraient avoir à terme deux dynamiques :

  • une dynamique épidémique dans les zones où la disponibilité alimentaire en buis est importante et avec des populations en forte croissance.
  • une dynamique plus liée à l’endémie qui va coloniser les organes de réaction des buis.

Le suivi de la réaction de l’écosystème, notamment du parasitisme et de la prédation, va permettre d’avoir une vision sur ce nouvel équilibre. Le projet BIOPYR apporte d’ores et déjà un certain nombre d’informations (voir encart).

Résilience des buxaies

Au niveau régional, un réseau de 25 placettes a été installé en début d’année 2017, afin de suivre la réaction des buis à la défoliation totale. Les placettes constituées chacune de vingt cépées ont subi les attaques des années de 2015 à 2017. Les conséquences sur les buis sont évaluées en fin de saison de végétation. Ces observations permettent à la fois d’avoir une vision sur la réaction des buis et la présence de nouveaux dommages de pyrale sur les tissus réactifs.

Légende ci-après
Légende ci-après

On a ainsi pu constater que :

  • l’écorçage se poursuit le printemps qui suit la défoliation totale.
  • l’absence de mortalité de cépées (tissus sous corticaux vivant au collet) dans les deux ans qui suivent une défoliation totale, mais les mortalités de branches sont bien avancées.
  • la réaction sous forme de rejets et de gourmands survient sur plus des 2/3 des cépées, mais une très faible partie semble de nature à reconstituer de façon durable la masse foliaire perdue.
  • quant aux nouvelles consommations de ces organes, on a pu constater qu’elles étaient d’autant plus importantes que la réaction des buis était forte.