Sylvothérapie : l’arbre, un ami qui vous fait du bien

De plus en plus de Français s’adonnent à la sylvothérapie, une méthode douce qui recommande d’entrer en communication avec la nature (Andrea Mantovani)

Depuis, les libraires notent un réel engouement pour la littérature publiée autour de la sylvothérapie, une méthode douce qui repose sur l’idée que le contact physique avec les arbres et leurs énergies apportent un bien-être physique et mental. Jean-Marie Defossez, physiologiste et coach en respiration, expert en sylvothérapie, et organisateur de sessions d’immersion dans la forêt de Fontainebleau, décrypte cette tendance : « C’est un endroit qui fait appel à l’inconnu, à l’émerveillement et à l’imaginaire. »

Dans les bois, on oublie notre téléphone, le bruit de la ville, nos problèmes, on redécouvre nos cinq sens. C’est un espace de liberté et les arbres offrent une puissance sereine et rassurante. Respirer, sentir le sol, toucher l’écorce, écouter la symphonie de la forêt… Tout cela permet une réduction du stress. Chaque minute passée dans ce milieu est bénéfique pour le corps. »

C’est au Japon qu’est né le « shinrin-yoku », littéralement le « bain de forêt », une pratique reconnue comme thérapie médicale par le gouvernement japonais depuis 1982. « J’ai grandi à Fontainebleau et j’ai passé mon enfance et mon adolescence à escalader les rochers, à pique-niquer en famille dans les bois, m’y promener avec mes amis. Quand j’ai emménagé à Paris, j’ai ressenti tout le stress d’une grande ville », raconte Emilie, publicitaire de 35 ans. « Alors, à la naissance de mon enfant, je me suis réinstallée près d’une forêt. C’est comme si elle avait un pouvoir d’attraction sur moi, je me sens plus sereine et créative, je dors mieux. »

Dans « Shinrin yoku, L’art et la science du bain de forêt » (First), son nouvel ouvrage, le professeur en médecine Qing Li, expert mondial en sylvothérapie, avance des arguments scientifiques pour clouer le bec à ceux qui n’y verraient qu’une pratique farfelue. « Les arbres libèrent des phytoncides, des huiles naturelles qui leur permettent de se protéger des bactéries, et quand l’homme les respire dans l’air de la forêt, ces molécules renforcent ses défenses immunitaires, font baisser sa tension artérielle et augmentent ses heures de sommeil »

Le point d’orgue de toute cure forestière passe par ce fameux « tree hug », ou câlin avec l’arbre de son choix. Pour Sandrine, architecte de 38 ans, cette pratique est venue naturellement après un choc affectif : « Je venais de subir une IVG médicamenteuse, et pour conjurer le mal-être physique et mental, je suis partie en forêt, sans savoir pourquoi. Je suis restée collée à un immense chêne pendant quinze minutes, et j’ai ressenti une présence protectrice, comme si l’arbre me comprenait et me consolait. Cela paraît fou, mais cet arbre m’a réconciliée avec ma décision et avec moi-même. »

Bienfaisant gaz carbonique

Ce besoin physique et spirituel de côtoyer la nature est inné, rappelle le philosophe Emanuele Coccia, auteur de La Vie des plantes (Rivages), un ouvrage de réflexion métaphysique sur la place des végétaux dans notre monde : « Au quotidien, nous sommes influencés par les plantes, elles sont tout autour de nous. Dans le café qu’on boit, dans le coton de nos vêtements. Et sans le gaz carbonique des arbres, on ne respirerait plus. Ce qu’on commence à entrevoir, c’est que pour comprendre notre monde, il faut déjà comprendre les plantes. » Bon pour moi et pour l’environnement, l’arbre est décidément un ami durable !